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L’envers de l’impossible

Préambule

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible. »

 Che Guevara

Les articles de « Fontaine de lumière » nous incitent à prendre le pouvoir sur notre vie et à créer notre réalité en nous inspirant de nos rêves et de nos aspirations profondes. Dans cette quête, il nous arrive à tous de rencontrer ces « tireurs d’oiseaux »* rabat-joies qui s’empressent d’invoquer toutes sortes de raisons pour réduire à néant ces élans de réalisation qui nous animent avec tant de passion. Pour ne pas éteindre le feu créateur, il est salutaire de garder nos objectifs en vu et de maintenir concentration et vision puisque tout est vraiment possible, à condition de décider de s’y mettre évidemment. Il existe, cependant, un autre type de situation où, cette fois-ci, c’est la vie elle-même qui se charge de fermer la voie devant soi, celle qui semblait pourtant s’ouvrir grande ouverte il y a encore quelques instants. Un peu secoué,  les deux mains posées sur les hanches, lancées dans les airs ou portées à la tête, il est  alors tout à fait légitime de se demander: « Mais c’est quoi ce foutu bordel»?

 

Au contraire des détracteurs de bonheur, c’est en toute bienveillance que la vie nous redirige ailleurs parce que cette voie empruntée nous est fermée. Parfois, elle nous évite même le pire. Il est donc inutile, et même déplorable, de se battre contre les éléments car, en fait, ils ne sont pas contre nous. Le message est clair: « défense de passer », « voie barrée », « cédez le passage », « défense de circuler », « cul de sac », « détour », « reculez», « demi-tour », « ralentissez ». Parfois elle nous indiquera même un « danger » et ajoutera des signaux lumineux selon le niveau de menace qui s’accentue avec l’inconscience ou l’ignorance de ceux-ci. C’est ainsi que par le biais des gens, des circonstances et des situations rencontrées, la vie répètera encore et encore le même message jusqu’à ce qu’il soit compris. Or, les panneaux orangés se multiplieront tant et aussi longtemps que nous ne modifierons pas notre trajectoire. Ici, comme le revers de la médaille, l’impossible consiste en l’acceptation impossible de cet impossible qui nous barre la route. En tout cas, quelque chose du genre. Vous suivez?

Crédit photo: Caroline Trudel
Crédit photo: Caroline Trudel

 

Chers lecteurs, cet article traite de la conduite à adopter lorsque la vie nous propose malgré-nous de suivre de nouveaux chemins afin d’aboutir, espérons-le, là où l’on souhaite arriver. Nous comprendrons pourquoi qu’en dépit du chaos qui se manifeste et qui nous bouscule dans nos prévisions, nos plans et nos attentes, qu’il est préférable de lui faire confiance et de demeurer actif dans cette nouvelle direction que la vie nous pointe à l’horizon. Or, inutile d’abdiquer et de s’enliser dans le sentiment d’impuissance puisqu’en demeurant curieux et ouverts à ce monde mystérieux qu’elle nous présente, nous serons témoin du déploiement de sa magie et de sa bienveillance. Cela devient intéressant n’est-ce pas!

 

Un miracle s’il vous plait

 

«Le vrai miracle n’est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs : il est de marcher sur la terre»!

Houeï Neng.

Suite à l’allégresse d’après course décrite dans mon dernier article  (Les balises mentales « Power-Boost »  Comment se propulser pour réaliser l’impossible / http://wp.me/p2yd6S-Hy ), je dois vous dire que depuis je suis tombée en bas de ma chaise. Voici pourquoi. Cela fait plus d’une semaine que je demande qu’un miracle survienne. Coup sur coup, à deux jours d’intervalle, deux événements se sont produits et ont renversés mes projets. En fait, il s’agit des pires cauchemars de tous coureurs. D’abord, cinq courses prévues à mon calendrier ont été annulées (pas une ou deux, mais cinq)! Ensuite, deux jours après, je me suis blessée la cheville. C’est trop bête! Il faut dire qu’en me surprenant, la première nouvelle m’a déstabilisée en créant un vide dans mon calendrier, ce qui m’a forcé à revoir ma stratégie pour atteindre mes objectifs. Je n’ai pas eu le temps de rebondir sur mes deux pieds que je me blesse. Maintenant, sans une guérison rapide, je devrai annuler ma participation à une autre course qui me tient vraiment à cœur. Ishhh! Je crois bien que je me suis tirée dans le pied…

Vous savez, j’aimerais bien me retrouver deux mille ans plus tôt sur le bord du Jourdain entre les mains accueillantes de Jésus ce célèbre guérisseur: « S’il vous plaît maître, aidez-moi à courir sur mes deux pieds.  Dites cette parole qui guérira mon entorse à la cheville : -«Martine, chausses tes espadrilles et cours aussi vite que la lumière!» Et pendant que vous y êtes, pouvez-vous s’il vous plaît remettre mes courses au calendrier, vous savez le vide que cela a crée! Sans vous presser d’agir, en fait c’est exactement ce que je demande, accomplissez ces miracles car le temps fuit entre mes doigts».

Je sais, je sais… Il est inutile d’invoquer tous les grands maîtres les uns à la suite des autres pour marchander une guérison contre une médaille de course ou pour regarnir mon agenda. Cela peut paraître ridicule, mais tous les moyens sont bons lorsque l’ego est à la recherche d’une solution rapide à ses problèmes. Inutile également de jouer à l’autruche. C’est inéluctable, je dois faire une croix sur ces courses officielles et possiblement d’autres suivront si je résiste à la situation et ne me soigne pas correctement. Je sais très bien que je dois accepter cette conjoncture, et symboliquement, prendre le filet, donc les moyens pour favoriser moi-même ma guérison de cette blessure qui me barre la route des plans que j’ai si soigneusement préparés.

Alors, pour prendre mon miracle en main, j’ai sollicité tout autour de moi conseils et trucs de grand-mère. Avec générosité j’ai reçu des recommandations et de nombreux encouragements de mes pairs. Merci à vous tous pour votre soutien et pour vos avis soignants. Mais vous savez, sur le coup, la prescription répétée du repos pour deux ou trois semaines fut de la torture à mes oreilles. « Mais c’est une éternité! Soyez réalistes! Je n’ai, tout au plus, que quelques jours pour guérir. »

Un deuil, même petit, est un deuil

 

«Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu’il fait soleil mais quand vient l’obscurité leur beauté n’apparaît que s’ils sont illuminés de l’intérieur.»

Élisabeth Kübler-Ross

 

Le rétablissement du corps est une chose qui en soi est naturelle et simple, mais qui demande néanmoins soins et temps. Ce qui est compliqué c’est qu’il faut également gérer un paquet d’énergie mentale et affective qui s’entrechoquent psychiquement en soi. On doit faire face à l’inquiétude constante de la tête qui a investi toute son énergie à faire des plans et qui se retrouve les mains vides. Il y a le corps qui compte sur ces courses pour développer force et endurance pour le marathon convoité en septembre et là il se retrouve soudainement incapable de courir. Et cela, c’est sans parler du cœur qui s’est déchiré en même temps que mon penoneus longus et de toutes les annulations que j’ai encaissées comme des coups de poing. Heureusement que l’esprit a pris le leadership en remettant ma situation dans la perspective du processus de deuil. Mmm… deuil, je suis prête à t’entendre maintenant. Mais pour en arrivée là, il ma fallu graduellement assimiler psychiquement cette possibilité pour m’y ouvrir.

C’est ici que les travaux d’Elisabeth Kübler-Ross me sont revenus en mémoire. Oui, le deuil, c’est bien ce que je vis avec cette situation de cheville foulée et l’annulation de toutes ces courses. Vous savez, une perte, même toute petite, nous propulse directement dans un processus de deuil qui nous amène à voyager entre différents états d’âme dont le choc et le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation.

1. Le choc et le déni : «Osh! Les organisateurs de ces courses vont certainement trouver une solution et sauver in extrémis la saison.», «Ce n’est pas le temps d’être blessée; la saison débute à peine!», «Non, non! ca va s’arranger, ça va passer!» et «J’ai encore un peu de temps devant moi pour régler ça»;

2. La colère : Contre la vie qui me barre le chemin et même contre mon corps qui me semble maintenant si fragile. «Mais voyons donc! J’en reviens pas.», «C’est ridicule! Je ne comprends pas comment j’ai pu me faire mal! Si j’avais fait quelque chose d’imprudent j’aurais compris, mais là franchement!» Mais à bien y penser, j’ai vraiment été imprudente lorsque j’ai senti une douleur au pied sans m’arrêter. Quelle bêtise j’ai fait;

3. Le marchandage : Pour trouver une solution rapide et magique, je suis à la recherche du miracle auprès de Jésus, Bouddha, Allah, Krishna, etc.; Je jette mentalement une remorque de sous noirs dans la fontaine! «Allez l’univers, toi tu es puissant, fais quelque chose. Je t’en supplie! »;

4. La dépression : Le moral vacille avec les moments de tristesse qui s’emparent de moi à l’approche du grand jour de la course et devant la présence de la douleur autour de ma cheville. Je ne suis pas habituée de demeurer assise à rien faire : «Mais c’est quoi ce foutu bordel! Je veux courir.» «Je vais me retrouver obèse et dingue d’ici deux semaines si je me cloue au divan». «Mais où est mon endorphine! Ce n’est pas une blague, cette hormone du plaisir j’en ai besoin pour vivre!» ;

5. L’acceptation : Je suis bien consciente que pour m’adapter à la situation provoquée par  cette blessure et par les annulations, il importe, d’une part, que je réorganise mes activités pour prendre soin de ma cheville et, d’autre part, pour continuer l’entraînement. Je vais faire des activités de musculation pour le haut du corps et les abdos. J’en profite également pour lire mes livres et revoir mon calendrier en étant réaliste pour y placer différents scénarios de rétablissement. Je prends une attitude proactive.

Comme vous l’avez constaté, au bout du processus, il n’y a plus de supplication pour des interventions divines ni de pression sur le corps pour qu’il se presse à guérir. Bien qu’il y ait prière et méditation pour aider mon corps-tête-cœur-esprit à demeurer focalisé, fort en sagesse et loin de l’agitation mentale et affective (sachant néanmoins que se sont des états normaux vécus par de l’être qui s’ajuste graduellement au deuil). Si ma cheville demeure fragile, je devrai peut-être annuler une autre course officielle? C’est possible, mais je garde espoir. Aux dernières nouvelles j’avais encore mes deux pieds. Mais c’est excellent! Je vais courir quand le temps sera venu puisqu’il est inutile de me précipiter; je risque d’aggraver mon état et mettre en danger ma saison entière de course si ce n’est pas déjà fait…

Établit en soi, c’est-à-dire positionné à la fois dans sa tête, son cœur, son corps et son esprit, l’être éclairé par sa propre sagesse devient capable de faire lui-même la part des choses et de rediriger les forces internes qui le poussent vers l’avant pour continuer à croître malgré l’adversité. Avec cette maturité acquise il devient capable de faire des choix éclairés et d’accepter l’impossible de l’impossible.

L’ultime lâcher prise

«La vie est un fleuve tranquille.»

Vous savez, mon côté cartésien prend un vif plaisir à organiser, planifier, mettre dans des cases, administrer et surtout CONTRÔLER. Il adore tout ce qui est agenda, montre GPS, applications de toutes sortes, calendrier, base de données, tableaux, etc… Stressé en permanence, il veut garder la maîtrise des éléments et soumettre la vie à sa dictature. Oui, il en faut un minimum d’organisation pour progresser efficacement et vivre sainement. Mais, c’est comme toute chose, «trop c’est comme pas assez»; à force de rigidité tout finit par sauter. Mmm… est-ce à ce moment qu’arrive la blessure?

Dans le processus de deuil que j’expérimente avec ma cheville blessée et toutes ces courses annulées, j’apprends par-dessus tout à lâcher prise au contrôle de l’ego qui veut gérer ma guérison avec son encadrement étalé sur deux ou, au pire, trois semaines! En lâchant prise, je retrouve ma nature bohémienne, vous savez celle qui fait confiance à la vie et qui coule avec son flux sans résister? C’est toute un part de moi que je me réapproprie, c’est apaisant et ressourçant. Ce fardeau que je dépose en cédant au contrôle me permet de reprendre confiance. Ainsi, tout en progressant sur les routes de la vie avec tous ces panneaux de circulation, la paix intérieure, la beauté et la soif de vivre prennent la barre de ma vie. C’est toute ma perception qui se modifie en distinguant la notion de contrôle de celle d’influence.« Relaxe Germaine! (celle qui gère et qui mène) T’es bien trop stressée!»

 

Germaine la bohémienne!

Elle marchait librement,
Sur le highway
Et le vent dans sa tête
Soulevait ses secrets
Elle filait droit devant
Sur le highway
Et ta voix sur la mienne
Disait, disait

Belle bohémienne
Belle, belle quand seras-tu mienne?

Marjo

Vous savez, pour moi la course à pied est un moyen de croître et de m’épanouir. Avec cette activité, je ne fais pas que simplement courir. Plus que tout j’apprends à vivre en harmonie avec mon corps, ma tête, mon cœur et mon esprit. J’apprends à moduler ma force brute et à canaliser mon énergie selon la tâche à accomplir et les buts à atteindre. Cette chère cheville foulée me permet de prendre du recul et de recadrer mon objectif dans une perspective constructive. Le but premier c’est de vivre pleinement et ensuite de courir en harmonie avec ma vie sans égards à la distance ou au caractère formel ou non de la course. Oui, j’aspire à courir UN marathon une fois dans ma vie, l’ultime défi de tout coureur. J’aimerais bien atteindre cet objectif cette saison. Si mon corps me le permet, je débuterai bientôt mon entraînement en vu de traverser cette ligne d’arrivée. Toutefois, j’ai tout le reste de ma vie devant moi pour y parvenir.

Alors, Germaine cède doucement ses calendriers, agenda et tableaux à la belle bohémienne que je suis également. À moi maintenant de négocier la guérison à un rythme libre, harmonieux et parfait. Vision en tête, pensées focalisées sur le but, le cœur emplit d’espoir, je laisse la vie me guider pour tracer la voie parfaite qui m’amènera où je dois aller. Laissons le temps arranger les choses et, quoiqu’il arrive, je ferai ce qu’il y a de mieux à faire.

Intuition

«L’intuition est la vue du cœur dans les ténèbres

André Suarès

Suite à ces aventures, je termine cet article avec la sensation que la vie ne m’a pas encore tout dévoilé sur la nature réelle des événements. J’ai l’intuition que derrière toute cette mise en scène, qu’il y a quelque chose qui demeure inconscient et qui finira par se dévoiler. Je comprendrai alors le rôle que tout ceci a tenu dans le grand plan de ma vie. Or, comme un panneau de circulation répété, trois personnes m’ont redites à tour de rôle le même message : malgré les apparences contradictoires, cette blessure n’est probablement que la manifestation de la vie qui veille sur moi comme une mère veille sur son enfant. Alors, je ne peux que lui faire confiance et demeurer active dans cette nouvelle direction.

Vous savez, ce dossard que je ne pourrai pas porter aujourd’hui (jour d’annulation d’une course  suite à ma blessure à la cheville), je le garde quand même. Certes, il ne représente pas un record de temps ni ne suscite pas les magnifiques sensations que provoque l’arrivée des champions, mais il évoque plutôt un apprentissage important de dépassement de soi dans l’art de guérir et de vivre en harmonie avec son corps. Il me rappelle également que quoiqu’il arrive sur ma route, je prendrai une grande respiration et puiserai en moi tout ce qu’il me faut pour faire face à la vie et en sortir gagnante. C’est exactement ce que je vous souhaite chers lecteurs.

À bientôt!


* Tireurs d’oiseaux : terme que j’utilise pour traduire l’attitude pessimiste que certains adoptent qui décourage tous ces passionnés qui s’efforcent à réaliser l’impossible. Nous pouvons être nous-mêmes ces tireurs d’oiseaux en entretenant un dialogue intérieur auto-saboteur.

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Vous pouvez reproduire cet article, merci de bien vouloir citer la  source:

http://www.fontainedelumiere.wordpress.com

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